Du chaos
Voici Olivier Monfet, l'artiste montréalais qui crée des images plus vraies que nature en brisant du verre.
Portrait en verre brisé du champion de l'UFC Georges St-Pierre par l'artiste Olivier Monfet
Q : Votre œuvre est remarquable car elle est une création impossible sans destruction. Que pensez-vous des secondes chances, du dépassement des difficultés et de la capacité à rassembler les morceaux brisés de nos vies pour construire quelque chose de nouveau ?
A : Apprendre à composer avec les aléas de la vie et à les guider au mieux. Cet équilibre entre défi et enthousiasme réside dans l'ouverture à ce que la vie nous offre et dans l'acceptation de son imprévisibilité. Il s'agit de faire de son mieux avec les cartes que l'on a en main, plutôt que de courir après une perfection prédéterminée. À mes yeux, l'imperfection possède une beauté qui lui est propre.
Q : L'artisanat de qualité est précis et complexe – comment parvient-on à un travail d'une telle finesse avec une approche aussi chaotique ?
A : C'est un processus en deux phases, une exploration qui se déploie à travers de multiples couches de verre. La première couche est toujours abordée avec précision et délicatesse : une minuscule cassure minimaliste, réalisée à l'aide d'un marteau à pointe de diamant, créant un rythme complexe de milliers de petits coups. J'utilise différents marteaux, choisis en fonction du type de fissure ou d'impact que je souhaite créer. C'est là que commence véritablement la danse avec le verre. Enfin, lorsque les couches sont presque terminées, je commence à les fusionner, à les superposer pour créer une pièce finale qui allie force et fragilité en un équilibre parfait.
Olivier Monfet et le champion de l'UFC Georges St-Pierre
Q : Vous avez choisi comme sujets des musiciens, des athlètes et des artistes – quelle importance revêt le sacrifice lorsqu'on poursuit ses passions ?
A : Oui, bien que mon travail actuel adopte une trame narrative plus personnelle et significative, nombre de mes premiers modèles représentaient des artistes, des musiciens et des athlètes – des individus qui m’ont inspiré par la dualité de leur vie : le succès de leur carrière professionnelle contrastant avec les accents souvent tragiques de leur histoire personnelle.
« L’imperfection recèle une beauté qui lui est propre. » – Olivier Monfet
Q : Bixlers est le joaillier officiel de l'UFC. Nous savons que vous avez réalisé une pièce spéciale avec Georges St-Pierre ; pourriez-vous nous parler de votre expérience avec lui ?
A : Au départ, ce n'était pas du tout un projet planifié, ni une commande de sa part ni de celle de qui que ce soit d'autre. C'était simplement un sujet qui, à mes yeux, incarnait une force immense, associée à un beau paradoxe : une nature douce, discrète, calme et introspective. Il s'est autorisé à être vulnérable et à parler ouvertement de ses peurs, ce que j'ai trouvé incroyablement inspirant. Puis la magie des réseaux sociaux est arrivée : j'ai publié la vidéo, et elle est finalement parvenue jusqu'à lui. Il l'a partagée, et peu après, un proche m'a contactée pour acheter l'œuvre et me l'offrir. J'ai eu la chance de la lui remettre en personne – un moment de connexion humaine d'une grande intensité.
Q : Encore une fois, compte tenu de vos sujets, vous choisissez des personnes qui ont atteint l'excellence dans un domaine artisanal – Comment définiriez-vous l'excellence ? Qu'est-ce qui transforme une œuvre artisanale en œuvre d'art ?
A : Oh, c'est une question complexe… et honnêtement, ce n'est sans doute pas toujours la même motivation qui me pousse à aller à l'atelier chaque matin. Mais ce qui reste constant pour moi, c'est le jeu. Une fois la porte de l'atelier fermée, j'arrête de penser à être artiste, à la galerie, aux clients… et je me laisse aller à l'exploration. Je joue.
Pour moi, le processus compte bien plus que le résultat. Si ça plaît, tant mieux. Sinon, qu'importe ? L'important, c'est d'avoir créé quelque chose qui vous tenait à cœur.
Exposition d'Olivier Monfet à la galerie d'art montréalaise Maison Keï Akai
Q : Comment sait-on qu'une œuvre est terminée ? Est-ce une sensation ? Un instinct ? Est-ce tentant de revenir en arrière et de continuer à la peaufiner ?
A : Excellente question. Il y a toujours ce moment où l'œuvre commence à parler d'elle-même. On retourne à l'atelier un jour, on la regarde, et bien sûr, on pourrait toujours ajouter un point par-ci, une fissure par-là. C'est le propre de la quête de la « perfection » : elle est sans fin.
Mais il y a ensuite ce moment où je la regarde et, étrangement, elle ne m'appartient plus. Elle a pris vie. C'est alors que je m'autorise à être vulnérable, sachant que d'autres la verront, ressentiront quelque chose (ou pas), l'apprécieront (ou pas). À ce moment-là, le jeu est terminé. Et déjà, j'ai hâte à la prochaine séance de jeu.




